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Des infos, fun et moins fun (mais pas trop) !

Populaire, confortable, politique, le pantalon symbolise le masculin et son pouvoir, comme en témoigne l’expression « porter la culotte ». Réglementairement interdit aux femmes françaises jusqu’en… 2013, la conquête du pantalon par la femme est jalonnée de personnages inspirants connus et inconnus (artistes, médecins, archéologues mais aussi compagnons inattendus comme le cheval). L’histoire du pantalon accompagne l’acquisition des droits de l’accès au confort, à la sécurité, à la liberté et à l’égalité. Ce banal vêtement nous en apprend beaucoup sur l’évolution de la société dans laquelle nous vivons : beaucoup de codes dits naturels sont en fait une construction culturelle et choisie. 

Le pantalon habille le corps de la taille aux pieds en séparant nos deux jambes. Le mot pantalon vient de Saint Pantaléon, un saint italien du IVème siècle, et du personnage de la vénitienne commedia dell’Arte portant une culotte longue. Longtemps le pantalon portait d’autres noms : braie, chausses, rhingrave, sans-culotte…

Apparu il y a plus de 3000 ans, il est porté par les cavaliers – et les cavalières – des steppes en Asie. Les femmes couvrent leurs jambes de fourrures pour les protéger du frottement des flancs du cheval. De là serait né le mythe grec des Amazones, ces figures féminines héroïques et positives de l’Iliade. Le pantalon accompagne les conquêtes de toutes les grandes civilisations qui parcourent le monde à dos d’équidés : les Hittites, les Etrusques et même les perses de Darius. Méprisé par les Grecs qui ne portaient que la toge, il fut cependant utilisé par les Romains sous leur tunique pour son confort.

Les Celtes appellent ce vêtement « braies ». Petit à petit l’habit « barbare » se transforme. Il se raccourcit et devient un sous-vêtement, le caleçon. Sur ce « sous-vêtement », on porte des « chausses », élément vestimentaire extensible de tissu ou de tricot couvrant les jambes comme des bas. Au 17ème siècle, elles deviennent des haut-de-chausses puis une sorte de jupe culotte bouffante, colorée et enturbannée appelée « rhingrave » dont Molière se moque dans l’Ecole des maris. Il y a ensuite la culotte, sorte de collant s’arrêtant au genou. A cette époque, les classes dirigeantes masculines rivalisent de fantaisie, de couleur et d’élégance au même titre que les femmes. Par opposition à l’aristocratie raffinée, les révolutionnaires qui continuent à porter des braies se qualifient de « sans-culotte ». 

La révolution française marque les prémices de l’ère industrielle et du capitalisme. Une certaine austérité se retrouve dans le vêtement masculin: le costume sombre et le pantalon se généralisent au sein de la nouvelle aristocratie financière. C’est la « grande renonciation masculine » (1). En abandonnant la fantaisie, le raffinement et la couleur aux femmes, les hommes prennent l’utilitaire comme seule et unique fin, créant une claire différence d’apparence selon le sexe et renforçant le système masculiniste. La création du Code civil des Francais au 19ème siècle renforce ce système. De dominé, le pantalon devient un vêtement de dominant. Il est (logiquement) interdit aux femmes qui sont considérées comme des êtres humains de seconde catégorie. L’ordonnance du 6 brumaire an IX ou 7 novembre 1800 (à cette époque la Suisse est sous domination française), abrogée en 2013 dans l’Hexagone spécifie que  «Toute femme, désirant s’habiller en homme, devra se présenter à la Préfecture de Police pour en obtenir l’autorisation ». Liberté, égalité mais la parité peut attendre… 

 

Et puis vint le début de la conquête par l’audace, le sport et la guerre

Si Jeanne d’Arc, au 15ème siècle, fut précurseure, elle le paya cher. Elle fut considérée relapse lors de son emprisonnement car elle refusait de porter un vêtement de femme pour se protéger du viol de ces geôliers. 

Cette situation évolue lentement au cours du 19ème siècle. Les figures de proue suivantes seront la romancière George Sand, l’archéologue Jeanne Delafoie pour des raisons de praticité et la Madeleine Pelletier, première femme médecin. Marlène Dietrich ou Audrey Hepburn se poseront en provocatrice pour porter le pantalon outre-Atlantique. 

Autre élément clé de libération : le sport. En se féminisant, l’équitation ouvre la porte du port du pantalon au deuxième sexe. La bicyclette sera également un catalyseur. Et puis, lors des deux déflagrations mondiales de 14-18 et 39-45, les femmes deviennent cheffes de famille. Elles remplacent les hommes au travail et adoptent par praticité les vêtements de leurs conjoints partis au front. Dans l’après-guerre, le pantalon se généralise dans le cadre des loisirs.

 

Les sixties et Yves Saint Laurent

A la fin de la guerre, le taux d’activité des femmes (en terme de travail rémunéré) augmente. Le planning familial est créé, la contraception puis l’avortement sont légalisés. Ces temps forts accompagnent une remise en cause des stéréotypes de genre. Tout cela profite au port du pantalon par les femmes. 

« Les filles n’ont plus besoin de minauder, de bêtifier et de montrer leurs jambes pour montrer qu’elles sont des femmes. » (1) En 1966 Yves Saint Laurent emprunte au vestiaire masculin le smoking ! Shocking ! Après un début compliqué en haute couture, cette innovation bouleverse les garde-robes et les mentalités grâce au prêt-à-porter. Et pour longtemps. « Pour une femme, le smoking est un vêtement indispensable avec lequel elle se sentira continuellement à la mode car c’est un vêtement de style et non un vêtement de mode. Les modes passent, le style est éternel. » (2)

Arrivée avec les GIs en Europe, la mode du jean explose dans les années 60. D’abord associé à des modèles virils tels Elvis Presley, James Dean ou Marlon Brando, le jean devient un emblème de la contreculture aux Etats-Unis avec les contestations contre la guerre au Vietnam, pour les droits civiques et enfin la renaissance du féminisme. « Premier vêtement mixte » selon Agnes B, le jean propose une troisième voix. La mode « unisexe » se développe. 

Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Jusqu’au tournant du 21ème siècle, les femmes politiques – au-delà des railleries et commentaires déplacés – se sont vu interdire l’entrée du Parlement français. Mais aujourd’hui plus personne ne discute la pertinence pour une femme de porter un pantalon dans n’importe quelle circonstance. 

Roland Barthe notait « il n’y a pas de trait naturellement féminin dans le vêtement ; il n’existe que des rotations, des tournages réguliers de forme. »  La problématique s’est même peut-être renversée : ce sont les hommes qui réclament de porter une jupe aujourd’hui. Renonciation à la « grande renonciation » post-révolutionnaire ? Remettre en cause le genre assigné des vêtements est peut être un acte beaucoup moins superficiel qu’il n’y paraît… Affaire à suivre.

Pré-lavage, lavage, séchage en machine et repassage : comme toujours, moins c’est mieux ! On vous en parle sur notre page dédiée aux conseils pour l’entretien du linge.

Le choix de la lessive a aussi son importance. On se souvient que la Suisse a interdit les phosphates dans les lessives en 1986 pour ralentir la désoxygénation des eaux profondes des lacs, en particulier le Léman. En juin 2004, A bon entendeur faisait un point de situation :

« À cette époque on parlait de l’eutrophisation des lacs. Cette menace était si grave que tout le monde a fait des efforts pour limiter les phosphates, les agriculteurs comme les industriels, sous la pression des pouvoirs publics. Des efforts suivis d’effets spectaculaires. Aujourd’hui c’est à une pollution plus subtile qu’il faut s’attaquer qui, en plus, diffère d’un lac à l’autre. »

Nous voilà 15 ans plus tard. La pollution des eaux inquiète toujours. Et on continue à déverser une quantité folle de substances dans les eaux, des substances potentiellement inoffensives individuellement, mais qui peuvent devenir dangereuses quand elles sont mélangées. C’est l’effet cocktail. L’industrie et l’artisanat en sont en partie responsables. Selon un rapport du Conseil fédéral de 2012[1], « il a été prouvé à plusieurs reprises que certaines entreprises sont à l’origine d’apports ponctuels massifs dans les eaux ». Ces substances proviennent d’un peu partout : pharma, agriculture, industrie et artisanat. Mais ce sont les ménages qui rejettent le plus de micropolluants dans les eaux, via les médicaments, les cosmétiques, l’alimentation ou encore les produits de nettoyage, comme la lessive.

Quand on veut comprendre la composition des lessives industrielles, on a besoin de l’aide d’un·e chimiste. Dans son livre « Greenwashing, fabriquer ses produits ménagers »[2], Cécile Berg liste :

  • Détergents (tensioactifs) : celui qu’on connaît c’est le savon, caché sous d’autres noms comme potassium cocoate
  • Agents de charge, typiquement des composés alcalins tels que le carbonate de sodium, ajoutés pour adoucir l’eau et augmenter le pouvoir lavant des détergents, surtout quand l’eau est dure
  • Agents de blanchiment : les percarbonates par exemple
  • Agents azurants : ils couvrent le linge d’un film optique invisible qui, sous l’effet des rayonnements du soleil, émettent des radiations qui font paraître le linge plus blanc.

Sans oublier des enzymes, des parfums, des composés tampons pour maintenir le pH à la bonne valeur, des additifs pour contrôler l’effet moussant, des conservateurs, des épaississants, des colorants.

Tout ça n’est sans doute pas hyper bon pour notre santé ni pour l’environnement. Pas étonnant alors qu’apparaissent sur le marché des inventions sensées laver le linge sans polluer les eaux, comme les boules de lavage. Il en existe plusieurs, généralement en plastique et contenant des microbilles de céramique, mais ni leur efficacité ni le fait qu’elles soient effectivement sans danger pour l’environnement ne semblent avoir été prouvés. Des innovations à prendre avec des pincettes donc… Pour se passer des lessives conventionnelles, il existe des possibilités sur lesquelles on a un peu plus de recul :

  • Choisir les lessives les plus simples : sans colorant ni parfum, en poudre (des substances sont nécessaires pour maintenir le produit liquide) et avec des agents lavants naturels.
  • Fabriquer soi-même sa lessive avec des ingrédients naturels. Mais attention ! On ne se lance pas dans l’expérience seul·e ni en se fiant aux recettes trouvées sur Internet. Les ingrédients peuvent être dangereux s’ils ne sont pas manipulés correctement.
  • Revenir aux solutions d’antan : utiliser des plantes riches en saponine – un tensioactif naturel – comme la saponaire officinale et le lierre grimpant. Ou les arbres Sapindus dont les fruits, à haute teneur en saponine, sont plus connus sous le nom de noix de lavage.

Un dernier conseil du Dr. Nathalie Chèvre, écotoxicologue, maître d’enseignement et de recherche à l’UNIL : éviter absolument les huiles essentielles. Elles sont à considérer comme des médicaments et ne doivent pas être utilisées à la légère au vu de leur toxicité humaine d’abord, et ensuite parce qu’aucune étude n’a été menée sur leurs effets sur l’environnement une fois dans les eaux.

La protection des eaux est l’affaire de tous, comme l’évoque le conte de Pierre-André Magnin, « Le messager des truites ».

En décembre, l’association française Climate Chance a sorti le 3e Bilan mondial de l’action climat par secteur. Les données qui concernent l’industrie textile font une fois encore réfléchir. Sur la base de différentes études internationales récentes, l’observatoire non étatique alerte :

« La production et l’utilisation de nos vêtements émettent environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), et sont responsables de 25 % de la pollution des eaux mondiales et du tiers des rejets de micro-plastiques dans les océans. »

En effet, la situation doit nous alarmer. L’impact, ou plutôt les impacts, de nos vêtements sont énormes. Et lisons correctement les choses : ce sont la production ET l’utilisation des vêtements qui, ensemble, pèsent grosso modo 4 % des émissions mondiales de GES. On ne peut plus se cacher la réalité : en tant que consommateur-trice, on porte aussi une responsabilité. Pour que la situation change, les réactions doivent venir de tous les côtés : de la part du secteur lui-même évidemment, mais aussi des collectivités publiques et de la société civile. Une fois encore, en tant que citoyen-ne-s, nous sommes consommateur-trice-s mais aussi électeur-trice-s : nous sommes co-responsables.

On nous demande souvent comment se porte le secteur de la mode durable. Et on est toujours bien embêtés avec FAIR’ACT. D’abord d’un point de vue purement psychologique : est-ce que les gens se bougeraient plus si on était alarmistes ou, au contraire, présenter des acteurs engagés est inspirant et incite à passer à l’action ? Puisqu’on n’a pas la réponse, on essaie de trouver un équilibre entre les deux. Car oui, certain-e-s empruntent une voie plus consciente et responsable et leurs initiatives méritent d’être mises en valeur. Mais oui aussi, les leaders de la mode ne perdent ni de parts de marché ni de visibilité. Au contraire, comme le révèle le Bilan mondial de l’action climat :

« Ainsi, malgré de nombreuses initiatives, les impacts climatiques et environnementaux de l’industrie textile continuent de croître rapidement »

Alors, est-ce que ça vaut vraiment la peine de continuer ? Avec FAIR’ACT, on pense que oui. Et on a décidé de continuer sur notre lancée et inviter à consommer moins, choisir avec soin des vêtements qu’on gardera longtemps et qu’on portera souvent, préférer des vêtements en fibres naturelles et soutenir autant que possible ceux produits par des marques responsables. Et parler de tout ça à notre entourage, au sein de notre entreprise, aux élu-e-s. C’est pour inviter à la réflexion sur notre façon de consommer la mode que FAIR’ACT a été créée. Alors que la transition est en marche dans de nombreux domaines, il est temps qu’elle le soit aussi dans la mode. Il n’est pas trop tard pour remettre la vraie valeur des vêtements au cœur de l’attention.

En savoir plus sur l’empreinte environnementale de l’industrie textile

Fermetures d’usines, zéro mesure de protection pour les employé-e-s, licenciements massifs : la crise sanitaire a causé des ravages pour le secteur textile qui n’arrivait déjà pas avant ça à traiter dignement celles et ceux qui confectionnent nos vêtements.

Enquêteurs, syndicats et ONG ont continué à alerter sur les conditions de travail de centaines de milliers d’ouvrier-ère-s contraints de travailler sans aucune protection, quand ils n’étaient pas licenciés avec effet immédiat sans filet social. Les pratiques des grands groupes qui ont annulé des commandes ou refusé d’honorer le paiement de production en cours. Ce sont donc à nouveau les plus défavorisés qui paient le prix fort : beaucoup d’ouvrier-ère-s de l’industrie textile vivent depuis des années dans des situations très précaires et n’ont évidemment pas de réserves pour les coups durs. Avec la fermeture de nombreuses usines, des centaines de milliers de personnes ont été renvoyées à la maison, sans salaire ni indemnité.

La situation est loin d’être réglée. Nous pouvons faire entendre notre voix localement, soutenir les différents appels de la communauté internationale pour plus de justice sociale et nous rallier aux différents appels comme celui adressé aux enseignes de la mode pour qu’elles ne reportent pas le poids de la crise sanitaire sur les ouvrier-ères à l’autre bout de leur chaîne de production.

photo: https://fr.fashionnetwork.com

La dernière enquête de Public Eye fait grand bruit. Et c’est tant mieux, car elle dénonce la nouvelle vaste blague d’un géant de la fast fashion. Dans la collection « Join Life » de Zara, un pull attire l’attention. Ou plutôt son slogan, RESPECT find out what it means to me, qui fait référence au titre de la fameuse chanson d’Aretha Franklin.

A force de détermination, Public Eye a pu remonter la chaîne de production et démontrer, une fois encore, le poids que pèse l’industrie textile sur les travailleurs :

« Le géant de la mode Inditex, propriétaire de la marque Zara, se présente volontiers comme une entreprise transparente, qui accorde la plus grande importance aux intérêts des personnes qui fabriquent ses vêtements. Mais qu’en est-il réellement ? A force d’entêtement, nous sommes parvenus à remonter la chaîne de production d’un pull-over de la collection « Join Life » de Zara, censée être un modèle de durabilité, jusque dans les usines en Turquie. Notre constat : la pression sur les prix auprès des fournisseurs est telle que ce sont finalement les ouvriers et les ouvrières qui paient le prix fort pour permettre à Inditex d’engranger de juteux bénéfices ». Timo Kollbrunner, Public Eye

On aurait bien sûr préféré vous raconter l’histoire d’ouvriers et ouvrières du textile heureux de se rendre au travail tous les matins, d’entreprises loyales envers leurs collaborateurs, d’enfants fiers de dire que leur papa est tanneur de jean. Mais la réalité est toute autre et il est temps qu’on arrête de détourner
les yeux, non ?

Le poids de l’industrie textile sur les travailleurs et travailleuses

La dernière enquête de Public Eye fait grand bruit. Et c’est tant mieux, car elle dénonce la nouvelle vaste blague d’un géant de la fast fashion. Dans la collection « Join Life » de Zara, un pull attire l’attention. Ou plutôt son slogan, RESPECT find out what it means to me, qui fait référence au titre de la fameuse chanson d’Aretha Franklin.

A force de détermination, Public Eye a pu remonter la chaîne de production et démontrer, une fois encore, le poids que pèse l’industrie textile sur les travailleurs :

« Le géant de la mode Inditex, propriétaire de la marque Zara, se présente volontiers comme une entreprise transparente, qui accorde la plus grande importance aux intérêts des personnes qui fabriquent ses vêtements. Mais qu’en est-il réellement ? A force d’entêtement, nous sommes parvenus à remonter la chaîne de production d’un pull-over de la collection « Join Life » de Zara, censée être un modèle de durabilité, jusque dans les usines en Turquie. Notre constat : la pression sur les prix auprès des fournisseurs est telle que ce sont finalement les ouvriers et les ouvrières qui paient le prix fort pour permettre à Inditex d’engranger de juteux bénéfices ». Timo Kollbrunner, Public Eye

On aurait bien sûr préféré vous raconter l’histoire d’ouvriers et ouvrières du textile heureux de se rendre au travail tous les matins, d’entreprises loyales envers leurs collaborateurs, d’enfants fiers de dire que leur papa est tanneur de jean. Mais la réalité est toute autre et il est temps qu’on arrête de détourner
les yeux, non ?

Le poids de l’industrie textile sur les travailleurs et travailleuses

Avec FAIR’ACT, on prône les achats réfléchis. On vous propose quelques pistes pour acheter moins, en commençant peut-être par Renoncer quand c’est possible. Plusieurs adeptes de décroissance, de minimalisme ou de sobriété nous ont raconté se surprendre eux-mêmes en n’appliquant pas leurs principes aux vêtements. Comme si les fringues faisaient partie d’une catégorie à part, entre les produits de première nécessité et les objets de loisirs…

Pourtant, on sait que l’empreinte écologique de l’industrie de l’habillement et des textiles est très lourde. Pire encore, ce secteur émet une quantité effrayante de gaz à effet de serre : 1,7 milliard de tonnes de CO2 par an selon le rapport Pulse of the Fashion Industry 2017 de Global Fashion Agenda, un forum mondial qui essaye de faire collaborer l’industrie de la mode dans le domaine de la durabilité. (Bon courage à eux, au passage). Presque 2 milliards de tonnes de CO2 pour des habits… Pensons-y à la prochaine manif’ pour le climat.

Un article de McKinsey (lire l’article en anglais) annonce d’autres chiffres qui interpellent. Entre 2000 et 2014 par exemple, le monde a doublé sa consommation de vêtements. Le rythme va encore s’accentuer : en 2015, on achetait l’équivalent de 62 millions de tonnes de vêtements et, pour 2030, les prévisionnistes parlent de 102 millions de tonnes. Au risque de se répéter : et si on achetait moins ?

Parce qu’évidemment, plus on achète plus on fait pression sur le marché. Délais de fabrication plus courts, production de plus de collections (Zara sort 24 nouvelles collections par an, H&M en propose entre 12 et 16 et les « rafraîchit » chaque semaine) : tout ça laisse une empreinte sur les travailleuses et travailleurs, sur les sols, l’air, l’eau… Un exemple concret, tiré de l’infographie « La fast fashion ruine la planète » de Natura Sciences : en 2000, avec l’arrivée de la fast-fashion, le polyester a détrôné le coton. Quand on sait que des microparticules s’échappent de nos machines à chaque lavage ou que la toxicité du polyester (un dérivé du pétrole, donc) s’échappe du four d’incinération si nos fripes déformées finissent à la poubelle, on se dit que c’était mieux avant. Avant, quand on utilisait les vêtements jusqu’au bout plutôt que d’en changer chaque mois.

Parce que oui, même si on parle volontiers de la production de masse et de ses impacts, que ça ne nous empêche pas de faire mieux à notre niveau. Ce qu’on fait nous, consommateurs, laisse une empreinte. Cela a un impact. Il peut être positif et faire avancer les choses – quand on réduit notre conso ou que, à défaut, on choisit des marques équitables ou éthique par exemple – ou au contraire être lourd de conséquences…

Comme le suggère notre ami Manu dans son témoignage, il ne tient qu’à nous de nous réapproprier la consommation de vêtements : choisir en toute conscience ce dont on a besoin, choisir d’emprunter ou de louer des vêtements, choisir d’acheter d’occasion, choisir les marques et les boutiques auxquelles on fait confiance ou simplement choisir de renoncer.

L’an dernier à pareille époque, on vous parlait de la Fashion Revolution. Ce mouvement mondial basé au Royaume-Uni est porté par des designers, des universitaires, des écrivains, des chefs d’entreprise, des décideurs, des marques, des détaillants, des spécialistes du marketing, des producteurs, des fabricants, des travailleurs et des fashion lovers. Fashion Revolution, c’est l’industrie et le public. C’est chacun de nous.

Plus utile que de (faire) culpabiliser, mieux vaut comprendre qu’on a tous le pouvoir d’apporter un changement positif, qu’on soit consommateur, producteur ou travailleur du textile. Pour y arriver, la Fashion Revolution Week est un bon point de départ. Cette semaine de révolution est l’événement phare de l’année. Elle commémore l’effondrement d’une usine textile à Dacca (Bangladesh) le 24 avril 2013 qui a causé la mort de 1 138 personnes et en a blessé plus encore. Son objectif : réunir toutes les personnes qui font et sont la mode pour travailler ensemble au changement radical de la manière dont nos habits sont achetés, fabriqués et consommés, afin de revenir à un système sûr, propre et équitable.

La Fashion Revolution Week a lieu ce week-end, du 22 au 28 avril. En Suisse comme dans le monde, les consommateurs sont invités à se mobiliser en questionnant les marques avec le slogan de la campagne #whomademyclothes (qui fait mes vêtements). Marques et producteurs sont encouragés à répondre avec le hashtag #imadeyourclothes (je fais vos vêtements) et à faire preuve de transparence dans leur chaîne de production. Plusieurs événements sont prévus en Suisse romande : projection de film, fair fashion market, workshop.

Rendez-vous sur la page de la Fashion Revolution Switzerland ou en découvrant le flyer du programme de Genève pour tous les détails !

En décembre, les résultats d’une étude commandée par l’association pour la Sauvegarde du Léman (ASL) ont fait grand bruit : 50 tonnes de déchets plastique se retrouvent dans le lac Léman, et un dixième est évacué par le Rhône, ruisselant jusqu’à la Mer Méditerranée.

Ce qui nous interpelle en particulier, c’est que plus de 2 tonnes de ces déchets sont des rejets textiles. On sait que la production des vêtements est très polluante, mais on a tendance à se dire que les impacts ne nous concernent pas vraiment puisque nos habits sont produits loin d’ici. Erreur de débutant ! 2,2 tonnes de mini-morceaux de nos vêtements se retrouvent dans le seul lac Léman.

Vous savez comment ces fibres textiles se retrouvent dans le lac Léman ? Ce n’est pas qu’on jette nos vieux t-shirts dans la nature (quoi que…). Cela se passe au moment du lavage. Car même si nos machines sont équipées d’un filtre, les microfibres sont tellement « micro » qu’elles ne sont pas toutes retenues. Et si elles l’étaient, on a la mauvaise habitude de nettoyer le filtre en le passant sous le robinet, ce qui n’arrange rien à la situation…

Voilà qui nous fait penser très sérieusement à renoncer complètement aux fibres synthétiques (nylon, polyester, élasthanne & co) qui, en plus de demander des quantités énormes d’eau et d’énergie pour leur fabrication et tout un cocktail de produits chimiques, sont produites à partir de dérivés de pétrole. Ça paraît d’un seul coup évident qu’elles ne se dégraderont pas dans les eaux et qu’elles ne seront pas bonnes pour les oiseaux, les poissons et toute la vie lacustre.

On prend donc la mesure du défi que se donne la Confédération en voulant éliminer les micropolluants des eaux. Il est désormais établi que ceux-ci ne sont pas seulement dus à l’agriculture ou aux médicaments, mais proviennent aussi de nos vêtements. Pour contribuer à notre échelle :

  • Choisissons des vêtements en fibres naturelles
  • Lavons moins et à basse température (max. 30°) pour éviter l’hydrolyse du polyester
  • Choisissons une lessive qui ménage les eaux
  • Utilisons le sac de lavage Guppyfriend qui retient les microfibres (site web en allemand et anglais, notice d’utilisation disponible en français)

Chez FAIR’ACT, on aime aussi le sport et, à défaut d’avoir pu traiter du sujet jusqu’à présent, on profite de l’actualité pour en parler.

Le sport véhicule des valeurs comme la tolérance, le respect, l’honnêteté ou encore l’honneur. Tant de mots qui raisonnent comme un fondement des valeurs morales. Un sportif s’affranchit de ses limites, comme la recherche constante de dépassement de soi, avec bien souvent comme objectif premier de se faire plaisir !

Decathlon, leader mondial dans la distribution d’articles de sport compte, en 2017, 1352 magasins et 82’000 collaborateurs pour un chiffre d’affaires annuel de 11 milliards d’euros. Et si Decathlon s’était inspiré des valeurs de son public en s’affranchissant des limites des droits humains, dans une recherche constante de profits, pour devenir le numéro 1 à tout prix ?

Decathlon arrive en Suisse 
Decathlon a racheté le numéro 3 du sport en Suisse, Athleticum, ses surfaces commerciales et conserve les 455 collaborateurs. Dans cette transaction, on pourra néanmoins saluer la clairvoyance du groupe Maus Frères, ancien propriétaire, qui, dans un contexte de marché extrêmement difficile, a sans doute pris une sage décision pour les 455 employés, et ceci tout juste avant l’arrivée d’un autre mastodonte sur le marché suisse, Amazon.

Mais revenons à notre géant. Decat’, c’est la qualité à petit prix et de nombreuses campagnes qui vantent les mérites de réussir à proposer une polaire à 8 euros ou un sac à dos à moins de 2 euros. Mais comment est-ce possible ? Une des réponses se trouve du côté de sa stratégie. La plupart des revendeurs se fournissent auprès de marques existantes et créent un panel d’articles qu’ils mettent ensuite en vente dans leur magasin. Mais pas pour Decat’ qui maîtrise l’entier de sa chaîne : design, production, logistique, transport et vente. Il contrôle absolument tout à l’abri des regards et loin des normes et standards en vigueur, en créant ses propres marques comme QuechuaB-twinTribord, …

Alors oui, comme beaucoup d’autres, Decat sait faire de jolis rapports RSE comme on peut lire ici. Et puis en s’attardant bien dessus, on s’aperçoit que le rapport est vide de sens, sans engagement concret ni labels indépendants reconnus. À l’exemple des notes sur l’impact environnemental attribuées sur tous les articles textiles, chaussures et confections lourdes… Résultat d’une auto-labellisation, Quechua – célèbre marque de tente mais également déclinée en multitude de confections textiles – obtient la plus mauvaise note possible de l’ONG indépendante Rankabrand, qui recommande de « ne pas acheter ».

Libre-échange, libre de toutes lois
Et puis en 2017 la journaliste Karin Finkenzeller a enquêté chez un sous-traitant du groupe Decahtlon dans une usine du Sri Lanka. Cela se passe dans une zone franche à Katunayake, là où les accords de libre-échange priment bien au-delà des lois internationales existantes. La journaliste y découvre des conditions de travail inhumaines, à lire le récit d’une ouvrière qui travaille 12 heures par jour sans vacances ni couverture sociale. Milanti (prénom d’emprunt) partage un lit dans un pensionnat dépourvu de sanitaires. Tout ça pour 150 euros par mois… Sans doute le prix à payer pour une polaire à 8 euros…

Pour aller plus loin : article du Zeit, décembre 2017

Alors on fait quoi maintenant que Decathlon est là ?

  • Vous pouvez lui écrire via ce formulaire de Rankabrand pour lui faire part de votre pensée. Le marché suisse est très important à ses yeux et, au vu des nombreuses ouvertures à venir, nos voix comptent plus que jamais.
  • Evitez d’y mettre les pieds et encore plus de dégainer votre porte-monnaie.
  • Supportez votre local shop plus que jamais ! En soutenant un commerce de détail indépendant, vous avez la garantie d’avoir un vrai conseil, des réponses à vos questions et, surtout, de lui permettre de continuer à vivre et ainsi garder une diversité de l’offre dans notre paysage romand.

Il existe également des alternatives comme les nombreux groupes Facebook, à l’exemple du vide armoire de rider, ou Anibis qui compte à ce jour 103’547 offres sous la rubrique sport… Enfin, et de loin notre préféré, Pumpipumpe, et ses fameux autocollants à coller sur sa boîte aux lettres pour emprunter ou prêter ce que l’on possède entre voisins.

Et si la curiosité est trop forte pour résister à l’idée d’aller faire un tour et que vous entendez un jingle de chants de supporters, c’est le signal pour les vendeurs que l’objectif des ventes du jour est atteint ! Et sans aucun doute, Milanti ne touchera pas de prime pour cet exploit. Alors pas la peine d’y participer.

On parle souvent des petites couturières qui produisent, loin là-bas, les vêtements qu’on porte ici. Pourtant, la Suisse aussi forme des professionnels de la couture. Alors que les grandes enseignes délocalisent la production dans des pays où les réglementations sont très souples et que, dans le même temps, les consommateurs semblent préférer changer de vêtements plutôt que de passer par la case réparation, nous souhaitions comprendre les perspectives des métiers de la couture en Suisse.

Le portail officiel de l’orientation professionnelle en Suisse, www.orientation.ch, annonce très vite la couleur :

« Les emplois dans ce secteur sont rares.
Actuellement, la tendance est à la délocalisation de la production industrielle de vêtements à l’étranger dans les pays où la main-d’œuvre est moins coûteuse »
Cela dit, celles et ceux qui ne se laissent pas décourager par les dérives de notre société de consommation peuvent envisager plusieurs cursus en Suisse romande. Tous mènent à des métiers de passion dans lesquels il ne faudra donc pas rêver faire fortune. Deux formations donnent accès à une attestation de formation professionnelle (AFP ; formation sur deux ans qui peut précéder un certificat fédéral de capacité, CFC) : agent-e en produits textiles, qui fabrique tous types de tissus de manière industrielle, et confectionneur-euse, qui réalise des vêtements simples. Un CFC peut être obtenu pour différents métiers, après une formation de trois ou quatre ans : artisan-e du cuir et du textile, créateur-trice de tissu et créateur-trice textile.

Cette dernière formation est la plus répandue en Suisse romande : une école est présente dans chaque canton et près d’une centaine de CFC ont été délivrés l’an dernier, contre seulement quelques diplômes pour les autres métiers précités. Les créateurs de vêtements peuvent trouver un emploi dans des maisons de couture ou des ateliers industriels de confection, lesquels se font rares en Romandie… Après quelques années d’expérience, et peut-être une formation complémentaire de technicien-ne en textile ou de designer en design de mode par exemple, les créateurs de vêtements peuvent aussi, pourquoi pas, lancer leur propre atelier.

Couturier, couturière, un métier qui fait rêver. Mais dont la reconnaissance, le salaire et les débouchés en Suisse romande sont encore très faibles… Alors, pour redonner de la valeur à l’artisanat, à la minutie, à la patience, au savoir-faire manuel, envisagez la possibilité de faire fabriquer votre prochain vêtement par un professionnel de la couture. Et pensez aussi à eux quand vous aurez à faire réparer ou ajuster un vêtement : confier l’ouvrage à un artisan permet de le faire vivre et de maintenir le savoir-faire dans nos régions.

L’industrie de la mode a désespérément besoin d’une révolution. Parce qu’elle exploite des millions de personnes dans le monde et engendre des dommages environnementaux considérables. Mais aussi parce que les initiatives qui permettent de créer un futur durable méritent d’être célébrées.

Et c’est justement l’objectif de la Fashion Revolution. Ce mouvement international est né suite à l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh, le 24 avril 2013, qui a causé la mort de 1 138 personnes. Après ce désastre, des citoyens du monde se sont réunis :

« Nous sommes Fashion Revolution. Nous venons du monde entier et nous faisons fonctionner l’industrie textile. Nous sommes les personnes qui portent les vêtements. Et nous sommes les personnes qui les font.

Nous sommes créateurs, académiciens, écrivains, chefs d’entreprise, décideurs, revendeurs, travailleurs et passionnés de mode. Nous sommes l’industrie et nous sommes le client. Nous sommes des citoyens du monde. Nous sommes vous. Nous croyons en une industrie qui valorise les gens, l’environnement, la créativité et le profit dans la même mesure. »

Le mouvement Fashion Revolution met la pression sur l’industrie textile et invite les citoyens à devenir acteurs du changement. La consommation de la mode doit redevenir un acte conscient et durable. Si vous souhaitez prendre part, questionnez les marques en postant, sur les réseaux sociaux, une photo d’un vêtement avec le tag de la campagne : #WhoMadeMyClothes (qui fait mes vêtements).

Vous êtes les bienvenu-e-s aux actions menées en Suisse dans le cadre de la Fashion Revolution Week, du 21 au 29 avril prochain. En Romandie, l’événement principal est organisé par Ethique & Tac, le 21 avril à Sierre.

La Suisse est connue pour sa neutralité, ses montres, les banques et le chocolat. Mais sait-on encore qu’elle abrite 230’000 moutons[1] (et ce, sans compter les moutons noirs !) ? Même si elle a perdu de son importance à cause des fibres synthétiques, la laine nous a vêtis pendant des millénaires et mérite donc encore notre attention.

On pourrait donc se réjouir d’avoir enfin trouvé LA matière première locale. Pourtant, seule une partie des quelque 550 tonnes de laine produites chaque année est valorisée. Après la fermeture de la centrale suisse de la laine indigène, dans le canton de Berne, en 2010, de petits points de collecte et de traitement se sont créés. Mais une grande quantité de la laine tondue est aujourd’hui simplement laissée sur place, voire carrément brûlée. C’est que le prix d’achat de la laine est si bas qu’il ne couvre même pas le coût de la tonte. Las, certains préfèrent investir leur temps et leur énergie uniquement pour la production de viande. Il semble que les éleveurs de moutons et de chèvres ne pèsent pas suffisamment de poids dans la politique agricole suisse. On peut donc attendre que les poules aient des dents pour que naisse une coalition pour la protection de l’artisanat local et du savoir-faire lainier.

Nous vous avons quand même gardé une bonne nouvelle pour la fin : cette situation trouvera peut-être un jour une fin heureuse. A Cernier dans le canton de Neuchâtel, l’association Laines d’ici s’active pour la filière indigène, en collaboration avec des éleveurs de l’arc jurassien. Elle récolte chaque année quatre à cinq tonnes de laine, dont la majorité est envoyée à la FIWO, entreprise thurgovienne qui la valorise notamment sous forme d’isolation pour le secteur du bâtiment. Fin 2017, Laines d’ici inaugurait sa filature : un atelier dans lequel une tonne de laine brute pourra être transformée en pelotes ou en vêtements. On y était et on peut vous dire que c’était beau !

Les tricoteuses et tricoteurs qui souhaitent travailler de la laine locale peuvent aussi s’adresser directement aux éleveurs. Certains restent passionnés par les possibilités offertes par le fil de laine, à l’exemple de la ferme pédagogique Spycher-Handwerk à Huttwill/BE ou le Mohair du Jorat à Ropraz/VD.

Comme le relevait un article de la FRC, « plus qu’un passe-temps, le tricot sert ainsi à soutenir l’agriculture locale ».


[1] Moutons de plus de 1 an. Statistiques et évaluations concernant l’agriculture et l’alimentation, agristat 2016

Les traitements que subissent les fils avant d’être transformés en vêtements peuvent piquer les yeux… Et quand on y pense c’est logique : les fibres n’ont pas été récoltées imperméables, infroissables ni brillantes et n’étaient bien sûr pas colorées en bleu, orange ou rose. Ces propriétés sont apportées au tissu par des procédés chimiques, souvent nocifs pour la santé et pour la nature. Le formaldéhyde, par exemple, fixe les couleurs mais il irrite aussi les voies respirations et augmente le risque de pathologies asthmatiques. Un malheur en entraînant un autre, il pollue les écosystèmes lors de l’évacuation des eaux usées ou de l’incinération des habits qu’on aura maladroitement jetés à la poubelle au lieu de leur donner une seconde vie…

Au chapitre des bonnes nouvelles, on recense d’abord les teintures naturelles ou végétales. On se réjouit aussi de l’émergence de nouvelles techniques de teinture moins « chargées » en substances nocives. C’est le cas de la teinture par électrochimie utilisable pour la coloration des jeans.

Le denim est teint au moyen d’un colorant bleu foncé : l’indigo. Cette poudre synthétique insoluble ne tient pas sur le coton. Pour la rendre soluble, les industriels font entrer des agents réducteurs dans leurs labos, des substances nocives qui font courir de gros risques aux travailleurs et à l’environnement. L’électrochimie quant à elle permet de convertir l’indigo en une forme soluble en se passant d’agents réducteurs nocifs. Ce procédé utilise moins d’énergie, est moins polluant et non nocif pour la santé. Une nouvelle technologie électrochimique pour l’industrie du denim a été développée il y a bientôt 10 ans dans le canton du Valais. Cette application est suffisamment efficace pour avoir intéressé un interlocuteur important de l’industrie du textile.

En attendant que les vêtements ne contiennent plus que des matières naturelles ou des procédés chimiques non nocifs, il est important d’être réfléchi, de poser des questions et de s’aider des labels qui restent de bons indicateurs.

Jusque dans les années 60, les fibres naturelles comme le coton, le lin et le chanvre étaient omniprésentes dans nos vêtements. Et puis les fibres chimiques sont apparues, polyester, nylon et élasthanne en tête… Difficile aujourd’hui de trouver des habits qui n’en contiennent pas

Il existe pourtant une matière particulièrement intéressante, dont on dit d’ailleurs qu’elle est le plus vieux tissu du monde : le lin. La culture de cette fibre – tout à fait adaptée au climat européen – ne demande aucun engrais et a recours à très peu d’eau et d’énergie. En plus, nous détenons sur le continent le savoir-faire pour assumer toute la filière de production du lin, de sa culture à son ennoblissement en passant par la filature et le tissage.

Le lin n’est pas seulement une matière naturelle durable, il a de nombreuses propriétés convoitées : connu pour ne pas irriter la peau, il a aussi des vertus thermorégulatrices et absorbantes. C’est assez enviable de porter un vêtement qui apporte une sensation de fraîcheur en été et garde la chaleur en hiver.

Il paraît donc évident qu’une matière avec autant d’atouts occupe toute la place dans nos armoires. Et pourtant, le lin reste relativement peu connu. Malgré le renouveau de la filière linière ces dernières années – et notamment en France qui en est devenu leader – la production mondiale est simplement anecdotique.

En savoir plus sur les fibres textiles

Permettez-nous une information tout en chiffres ce mois-ci. Selon la dernière enquête Gfk (en allemand), les Suisses ont dépensé en 2016 nettement plus à l’étranger pour leurs achats, sans compter le commerce en ligne. Que l’escapade ait spécifiquement pour but de consommer (tourisme d’achat) ou pour les emplettes de vacances : + 14 % par rapport à 2013, soit des achats pour 9,6 milliards de francs (oui, on a bien dit milliards) !

Ce montant qu’on arrive à peine à écrire en chiffres englobe plein d’articles différents nous direz-vous. Et vous aurez raison : il comprend de la nourriture, des produits de soin et d’hygiène, des livres, des articles électroniques en tous genres et – c’est là où nous voulons en venir – des vêtements et des chaussures. Pour la modique somme de 2,8 milliards !

A l’heure de faire vos bagages, certains d’entre vous gardent peut-être de la place dans leur valise pour les souvenirs de vacances. Et là, nous vous posons deux questions. Votre petit-fils a-t-il déjà porté la casquette du Barça que vous lui avez ramenée en souvenir l’été dernier ? A part s’il vous l’avait expressément demandée, il y a peu de chance. La seconde question : avez-vous déjà ressorti la chemise hawaïenne / le chapeau de trappeur canadien / la djellaba ramenée de Tunisie / le t-shirt « I love NY » depuis que vous êtes revenu-e de cette contrée lointaine ?

Ces achats souvent inutiles pèsent sur le budget et prennent de la place dans les armoires. Sans compter les sourires parfois tendus des collègues quand on leur offre la fameuse babiole « typique »… En vacances aussi, donc, pensez à FAIR’ACT de consommation raisonnée. Nous sommes persuadés que vos proches apprécieront. Bel été !

Le coton est la fibre naturelle la plus utilisée dans nos vêtements, loin devant la laine, le lin et le chanvre. Essentiellement transgénique, sa culture engendre de nombreux défis pour les cultivateurs,

L’exemple du Burkina Faso, développé par le magazine indépendant Basta !, est révélateur : la culture du coton y est un secteur d’activités stratégique, 25 % des emplois du pays lui sont liés. Dans les années 2000, présenté comme la solution miracle pour faire face aux difficultés de la filière cotonnière en proie à des invasions successives d’insectes, le coton OGM de Monsanto est introduit. Deux ans auront suffi aux cultivateurs pour réaliser que le Bt coton ne tiendra pas ses promesses. La variété transgénique détériorait les caractéristiques du coton burkinabè, connu jusqu’alors pour la grande qualité de ses fibres.

Le départ de Monsanto n’a toutefois pas suffi aux producteurs pour qu’ils se réapproprient leur filière de production. Les entreprises cotonnières (la plus connue étant Sofitex) se sont emparé de tout le système : elles fournissent les graines, les engrais et les pesticides et ce sont elles, encore, qui gèrent la commercialisation. Malgré les abus et la corruption, ce sont aujourd’hui des milliers de Burkinabè qui résistent pour se réapproprier leur diversité semencière !

Découvrir les autres fibres textiles

L’industrie de la mode exploite des millions de personnes dans le monde et engendre des dommages environnementaux considérables. Elle a désespérément besoin d’une révolution.

Un mouvement international est né suite à l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh, le 24 avril 2013, qui a causé la mort de 1 138 personnes : la Fashion Revolution Week. Organisée du 24 au 30 avril, cette campagne montre qu’un changement est possible et célèbre toutes les initiatives qui permettent de créer un futur plus durable.

Questionnons les marques (#WhoMadeMyClothes), informons-nous, rejoignons la FASHION REVOLUTION ! De manière concrète :

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